Livre des Editions Parole
"D'UN PAYS A L'AUTRE   
DE L'ALSACE A L'AQUITAINE"


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(Merci de bien vouloir excuser quelques petites erreurs de transcription dû à mon logiciel)

MEMOIRES DE PAYS 2014 - Bilan

Les réfugiés Alsaciens en Dordogne 1939 - 1940












1938 - Frère et sœur avec leur père en uniforme français


L'action Mémoires de Pays 2014, portée par l'Amicale laïque de Saint Aubin de Cadelech, était basée cette année sur les collectes de récits de vie des Alsaciens réfugiés en Dordogne et notamment ceux du village de Boofzheim (Bas-Rhin) réfugiés à Saint-Aubin de Cadelech et Eymet.   Ce travail poursuivait ainsi l'action Mémoires  de  Pays  débutée  en  2011  avec  la  migration  bretonne,  2012,  l'immigration  italienne  et  2013, l'immigration espagnols. La restitution a eu lieu les 13, 14 et 15 juin 2014 lors d'une manifestation intégrée dans le Printemps des Bastides sur trois sites : Eymet, Saint-Aubin-de- Cadelech et Sadillac.






 






Saint-Aubin et Boofzheim avant la guerre

Les témoignages

Cette  collecte  de  mémoires  a  été  effectuée  conjointement  par  l'Amicale  laïque  de  Saint  Aubin  et l'association  Langage Pluriel.  Les témoignages  ont été recueillis auprès de 21  personnes à  Boofzheim  en Alsace  et  10  en  Dordogne  dont  4  auprès  d'Alsaciens  revenus  s'installer  là  après  la  guerre  ou  leurs descendants et 6 Périgourdins, témoins de cette période.

Communes concernées par ces rencontres :

- En Dordogne : Saint Aubin de Cadelech, Eymet, Razac d'Eymet, Sadillac.

- En Lot et Garonne : Lauzun

- En Alsace : Boofzheim

La méthodologie appliquée a été la suivante :

En Dordogne :

- Prise de rendez-vous avec les témoins : Annie Landat, Amicale laïque de Saint Aubin de Cadelech.

- Première rencontre, enregistrement du ou des témoignages: Annie Landat et Claude Fosse, Langage Pluriel

- Retranscription intégrale de l'enregistrement. (Langage Pluriel)

- Remise en forme écrite (Langage Pluriel)

-  Relecture  individuelle  des  textes  et  validation  des  témoins  (Annie  Landat,  Christian  Brun  -  Langage

Pluriel).

En Alsace :

- Prise de rendez-vous avec les témoins : Eric Kléthi, maire de Boofzheim

- Première rencontre, enregistrement du ou des témoignages: Annie Landat et Claude Fosse, Langage Pluriel

et Eric Kléthi pour la présentation et la traduction selon les personnes.

- Retranscription intégrale de l'enregistrement. (Langage Pluriel)

- Remise en forme écrite (Langage Pluriel)

- Relecture individuelle des textes et validation des témoins (Eric Kléthi)
En Alsace :

- Prise de rendez-vous avec les témoins : Eric Kléthi, maire de Boofzheim

- Première rencontre, enregistrement du ou des témoignages: Annie Landat et Claude Fosse, Langage Pluriel

et Eric Kléthi pour la présentation et la traduction selon les personnes.

- Retranscription intégrale de l'enregistrement. (Langage Pluriel)

- Remise en forme écrite (Langage Pluriel)

- Relecture individuelle des textes et validation des témoins (Eric Kléthi)






Langage  Pluriel  a  ensuite  pris  en  charge  la  maquette  du  livre  en  lien  avec  l'éditeur.  (Editions  Parole, http://www.editions-parole.net/) Le livre est intitulé « D'un pays à l'autre - De l'Alsace à l'Aquitaine » et
e exposition sur cet épisode historique prêté
Le livre est intitulé « D'un pays à l'autre - De l'Alsace à l'Aquitaine » et
sous-titré « Des Alsaciens en vallée du Dropt, 1939-1940 le  laïque.  Elles  ont  été  exposées  avec  les  autres  documents                           ur  les  trois  sites  lors  de  la  manifestation,  pour  être  ensuite  installées  

    La récolte du tabac avant la guerre à Boofzheim



Un diaporama de photographies du village de Boofzheim prises en octobre 2013 lors du séjour pour rencontrer les témoins complétait cette exposition.




   




Le travail des élèves du collège de Rhinau dont dépend Boofzheim :

Des élèves d'une classe du collège de Rhinau ainsi que leurs professeurs et leurs accompagnateurs ont fait le voyage  jusqu'en  Dordogne  dans  le  cadre  d'un  échange  avec  une  classe  du  collège  d'Eymet.  Ils  ont  ainsi présenté en exposition une partie du travail qu'ils effectuent sur la 2ème  guerre mondiale. Ils ont assisté aux 3 moments  de  la  manifestation  sur  les  trois  sites  accompagnés  par  les  élèves  du  collège  d'Eymet  et  leurs parents.

La restitution des témoignages

Le  livre :  chaque  témoin  a  reçu  un  livre,  trace  concrète,  durable  et  également  transmissible  de  son témoignage.  Il  était  également  proposé  à  la  vente  sur  les  3  sites  et  le  sera  dans  d'autres  lieux  après  la manifestation, en Dordogne mais aussi en Alsace.






La lecture-spectacle : « Il faut que je vous raconte »

Elle a été présentée dans son intégralité le samedi 15 juin 2014 à Saint-Aubin de Cadelech.

Construite à partir de l'ensemble des témoignages, elle retraçait cet épisode dramatique peu relaté dans les livres  d'Histoire  et  méconnu  par  la  majorité  des  personnes.  Elle  comprenait  aussi  la  diffusion  d'un diaporama composé de photographies prêtées par les témoins et par leurs portraits pris lors des rencontres.










3 comédiens :    1 musicien

Fandor    René Porcellini

Claude Fosse

Françoise Longeard    f


   




Les lectures d'extraits de témoignages :

Elles  ont  accompagné  la  manifestation  sur  les  trois  sites :  la  transmission  des  témoignages  est  le  fil conducteur de toute la manifestation.

La manifestation (programme détaillé ci-joint)

Des personnalités ont été présentes lors des différents temps forts de la manifestation dont : Brigitte Allain, députée de la 2ème circonscription de PersonNameProductIDla Dordognela Dordogne
Henri Delage, conseiller général

Jérôme  Bétaille,  Président  de  PersonNameProductIDla  Communautéla  Communauté  de  Communes  Val  et  Côteaux  d'Eymet  et  maire  d'Eymet, Pascal Marty, maire de Saint-Aubin-de-Cadelech,
Yves Bordes maire de Sadillac

Eric Kléthi, maire de Boofzheim, était aussi présent avec une délégation de sa commune.

et Jacques Bodet, agent de développement culturel au sein du Conseil Général de PersonNameProductIDla Dordogne.la Dordogne.



Portée par l'amicale laïque de Saint Aubin depuis son origine, Mémoires de Pays est organisée par un comité

de pilotage comprenant des représentants de chaque site.

Plusieurs  associations  et  de  nombreux  bénévoles  (une  cinquantaine  sur  les  trois  jours)  ont  largement contribué à sa réussite. Sans toutes ces équipes, la manifestation ne pourrait avoir lieu.
Elle demeure une occasion de rencontres, souvent riches en émotions, de découvertes et d'échanges.





Un  peu  en  marge  de  la  thématique  de  cette  année  mais  toutefois  intégrée  dans  la  manifestation,  une cérémonie du souvenir a eu lieu le 14 juin au matin au lieu-dit Jean-Bart, à Saint-Aubin de Cadelech, en hommage aux résistants tués au combat en 1944.
Les nièces de deux d'entre eux, Anna et Paulette Tauflichen étaient présentes et Annie Landat de l'Amicale

laïque de Saint-Aubin les avaient rencontrées au préalable pour recueillir leur témoignage.

En effet, après l'arrestation et la déportation de leur famille à Paris, alors petites filles juives de 6 et 8 ans, un

de  leurs  oncles  les  emmènent  jusqu'à  Eymet,  tout  près  du  maquis  où  ils  combattent.  Elles  sont  alors accueillies et protégées par une famille Eymetoise et notamment par la maman, Odette Ragot, aujourd'hui âgée de plus de cent ans.
La manifestation de cette année a été une occasion de transmission notamment auprès des collégiens avec

lesquels un échange s'est instauré à l'issue de la commémoration.

Le 13 juin à Eymet



Ouverture de la manifestation - soirée conférence-débat



Introduite  par  Henri  Delage,  Conseiller  Général,  cette  soirée  s'est  déroulée  en  présence  d'un  public nombreux et très impliqué. D'année en année, de nouvelles personnes y participent mais aussi d'autres qui suivent la manifestation quelle que soit leur implication personnelle dans les thématiques traitées.

                                 



De gauche à droite, debouts

Jérôme Bétaille, Président de PersonNameProductIDla Communautéla Communauté de Communes Portes Sud Périgord et maire d'Eymet

Eric Kléthi, Président de PersonNameProductIDla Communautéla Communauté de Communes du Rhin et maire de Boofzheim

Pascal Marty, maire de Saint-Aubin de Cadelech

Yves Bordes, maire de Sadillac

Henri Delage, conseiller général



De gauche à droite, assis, les intervenants :

Marie-Odile Schott, animatrice de la soirée

Catherine et François Schunck, membres de PersonNameProductIDla Société Historiquela Société Historique et Archéologique du Périgord.





Cette soirée a permis de replacer l'évacuation des Alsaciens dans son contexte historique et d'en expliquer

les  causes  et  conséquences.  Entrecoupé  de  lectures  d'extraits  de  témoignages,  l'exposé  très  clair  des

intervenants était imagé par un diaporama.



                Le public nombreux et attentif dont les élèves du collège de Rhinau


                        Extrait de témoignage

J'avais 13 ans. Les cloches ont sonné, on devait partir.
On était un peu prévenus mais on allait en Dordogne,
à l'autre bout du monde.
On est partis le 1er septembre 39 et on est revenus le
17 août 40.
  On est partis en vélo, une dizaine de jeunes en vélo. C'était l'aventure. Des fois, les noms des villages étaient écrits en français, des fois en alsacien. Papa s'appelait
Alfred, il était né en 1889 et maman s'appelait Louise, elle


était née en 1891. Mes parents ne parlaient pas français, pas un mot. De 1870 jusqu'en 1918, ils étaient
allemands. Pour les parents, c'était terrible, tout laisser derrière eux. Les vaches sont restées à l'étable et
les chevaux à Villé, d'où le train est parti.
Trois jours et trois nuits de voyage dans un wagon à bestiaux. On a mangé ce qu'on avait apporté. Les
toilettes, c'était à l'air libre. C'était long, les convois militaires passaient de l'autre côté et nous, on laissait
passer les militaires.  Et puis, on est arrivés à Eymet.



Pour accueillir le public et clore la soirée,
le trio Cellini a joué des musiques populaires des années 20 à 45, accompagné par Pascale
à l'accordéon et au chant.




La cérémonie du souvenir
Le 14 juin à Saint-Aubin-de-Cadelech



 



En présence du maire de Saint-Aubin et de la délégation alsacienne, y compris les collégiens de Rhinau, la

cérémonie a été rythmée par des morceaux de musique joués par des collégiens du collège d'Eymet.


 



La rencontre entre Anna, Paulette et  les collégiens très attentifs

Extrait du témoignage de Paulette et Anna Taufflichen





Anna et Paulette ont 6 et 8 ans.
Paris, 30 juillet 1943

Elles sont avec leurs parents, leurs grands-parents maternels et leur tante de 15 ans.
La police française vient les arrêter.
Leur grand-père, seul, parle à peu près bien le français.
Il supplie les policiers de laisser les fillettes chez une de leur tante, Suzanne.  Sous leur escorte et guidé par le grand-père, Anna et Paulette sont emmenées chez Suzanne. Elle attend un bébé.

1er août 1943.
                                          Suzanne est arrêtée. Elle fait signe à Paulette et Anna de partir.[…]Anna pense à la belle-mère de Suzanne.  C'est elle qui prévient  les oncles, Jacques et Michel Kirszenstein et le mari de Suzanne. Ils sont dans le maquis en Dordogne, dans le groupe ANIC[…]

« Il faut que je vous raconte »

Le  titre  de  la  lecture-spectacle  reprend  la  première  phrase  d'un  témoin.  Oui,  les  Alsaciens  rencontrés voulaient  raconter,  faire  entendre  leurs  histoires,  faire  connaître  leur  spécificité  de  frontaliers  malmenés, brutalisés par l'Histoire.
La plupart des spectateurs ont ainsi découvert une page d'Histoire peu connue. S'ils ont pu reconnaitre des similitudes de vie avec les récits de vie d'immigrés, la plupart ne savaient pas que des villages entiers du Bas-Rhin et la ville de Strasbourg avaient été déplacés, la plupart n'imaginait pas ce que pouvait être la vie
de frontaliers.




 1939  -  40                        





201439 - 40                       




 1942  -  43                                   




Fin de journée autour de rencontres, échanges, repas alsacien et musique

   

Apéritif musical animé par le Cellini Trio avant le repas Alsacien avec quelques 200 personnes


   


Tandis qu'en cuisine, l'équipe de bénévole périgourdine et alsacienne s'affaire.



Comme toujours pour la manifestation « Mémoires de Pays », ce sont les bénévoles qui prennent en charge

la préparation des différents lieux, les gâteaux, buvette et repas, y compris les repas pour les bénévoles eux- mêmes. Comme les autres années, c'est l'occasion pour chacun de rencontres et d'échanges, de liens sociaux importants qui laissent des traces toute l'année.
En juin 2014, ce sont les Alsaciens qui ont amené avec eux tous les ingrédients pour faire une choucroute

comme chez eux. L'occasion de retrouvailles confortées par les comités de jumelage mais aussi celle de

liens nouveaux.

Le 15 juin à Sadillac

Le dernier jour de la manifestation s'est déroulé sous le signe des lectures :

Celle  de  témoignages  sur  le  site  du  moulin  de  Citole,  l'occasion  d'une  randonnée  permettant  de  faire connaître le projet de réhabilitation du site.

           

Et celle préparée simultanément durant l'année par des élèves des collèges de Rhinau et ceux d'Eymet. C'est

le texte de l'auteur de théâtre Françoise du Chaxel « Ce matin la neige » qui les a réunis.

            




Tout au long de l'année scolaire, les enseignants porteurs du projet de chacun des collèges ont échangé et

préparé avec leurs élèves cette rencontre autour d'une lecture présentée en public. L'occasion pour eux de traiter  la  même  thématique  au-travers  de  deux  adolescents  contemporains  de  cette  époque :  Anna,  jeune alsacienne déplacée avec sa famille et Thomas, jeune périgourdin.




     La Principale      
            du collège d'Eymet a présenté
            le travail effectué.

                                                               Françoise du Chaxel a accompagné le projet.
    



La journée et la manifestation se sont terminées en musique autour d'un pique-nique sur la place de Sadillac.
 
                                         
                              

Pour conclure



La  manifestation  Mémoires  de  Pays  2014  n'est  pas  terminée  puisqu'en  octobre,  c'est  Boofzheim  qui

accueillera :

- la lecture-spectacle « Il faut que je vous raconte »

- les élèves d'une classe du collège d'Eymet.

-  une  délégation  de  PersonNameProductIDla  Dordognela  Dordogne  qui  apportera  les  ingrédients  du  repas  périgourdin  à  partager  avec  les

Alsaciens.

D'autres périgourdins se déplaceront à cette occasion. En plus de ceux qui ont déjà créé des liens au-travers

du  comité  de  jumelage  entre  les  deux  communes,  d'autres  iront  découvrir  cette  région  de  France  et  ses

habitants dont la culture et l'Histoire est à la fois si proche et si particulière.



Plusieurs particularités à cette édition 2014 :



Les  témoins  sont  tous  repartis  en  1940.  C'est  donc  en  Alsace  que  nous  les  avons  rencontrés.  Ceux  qui habitent  en  Dordogne  sont  revenus  plus  tard,  dans  les  années  cinquante.  Les  premiers  contacts  entre Alsaciens et Périgourdins n'ont pas été faciles pour plusieurs raisons :
- des langues différentes et donc des difficultés de communication. De plus, aux oreilles des périgourdins, la

langue alsacienne sonnait comme la langue allemande, c'est-à-dire celle de l'ennemi. Les Alsaciens ont été traités  de  « boches »    (1870,  les  alsaciens  sont  allemands  ;  1918,  ils  deviennent  français ;  1940,  sous occupation allemande, les jeunes hommes sont enrôlés de force. Ils deviennent les « Malgré nous ». 1945, ils redeviennent français.)
- les habitants de Boofzheim étant pour la plupart protestants, les deux populations ne se sont pas retrouvées dans un même lieu de culte.
- les alsaciens ne souhaitaient pas s'intégrer dans un nouveau lieu mais attendaient de pouvoir repartir.

- le décalage de niveau de vie était très important et pendant quelques temps, les alsaciens ont pu croire que

les périgourdins les recevaient mal.



A noter aussi :

-  si  les  alsaciens  ont  raconté  à  leurs  enfants,  les  périgourdins  ne  parlaient  pas  vraiment  de  cet  épisode. Certains, de la même commune, savaient mais ne les ont jamais rencontrés.
- A nouveau, des témoins ont  abordé  la question de l'immigration actuelle qu'ils trouvent beaucoup plus

difficile aujourd'hui qu'à leur époque.



Ce travail de mémoire, grâce à la transmission, amène naturellement au questionnement sur l'immigration actuelle avec beaucoup d'humanité.

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